CRITIQUE // par Claude Chambard



Christophe Manon, Extrêmes et lumineux
Lagrasse, Verdier, 2015, 188 pages, 13,50 euros.

 

Extrêmes et lumineux de Christophe Manon est une belle et rude aventure intellectuelle et physique, car sa phrase très musclée attrape la langue à bras le corps, et, en une suite de 70 épaulés-jetés qui mettent à mal une conception linéaire du temps – de la narration –, il réussit à tenir à distance son écoulement infernal et la mort qui inexorablement vient.

  
CRITIQUE // Par Camille Paulhan

 

Cécile Bargues, Raoul Hausmann après dada
Bruxelles, éd. Mardaga, 2015, 264 pages, 35 €.

 

L'historienne d’art Cécile Bargues livre aux éditions Mardaga un essai dense et enlevé sur l’atypique dada Raoul Hausmann. Mais, loin de se concentrer sur les années même du dadaïsme bourgeonnant, elle a choisi un biais inhabituel mais capital pour le renouvellement actuel de l’histoire de l’art : se positionner « après », après dada et donc après les déclarations collectives fracassantes, les provocations à visées révolutionnaires et l’âge d’or du mouvement. Ou, pour le formuler autrement : que font les dadas une fois dada disparu, ou plutôt réduit au silence ?


CRITIQUE / Par Jean-Jacques Salgon

 

Mathias Enard, Boussole, Arles, Actes Sud, 2015,
400 pages, 21,80 euros.

 

L'ai-je rêvé ou l’ai-je vraiment lu ? Il me semble que quelque part dans son roman Mathias Énard décrit une drôle de boussole. Cette boussole en effet, plutôt que d’indiquer le nord, pointe toujours vers l’est. «Une boussole de farces & attrapes », nous dit Enard (mais est-ce vraiment lui qui a écrit ce livre ?) et dont son narrateur Franz, qui la possède, parvient à trouver le truc : « En réalité, il y avait deux aiguilles séparées par un carton; l’aiguille aimantée se trouvait en dessous, invisible, et la seconde, assujettie à la première, faisait un angle de quatre-vingt-dix degrés avec l’aimant.»


CRITIQUE // par André Gabastou 

 

Mathias Enard, Boussole, Arles, Actes Sud, 2015,
400 pages, 21,80 euros.

Hakan Günday, Encore, Traduit du turc par Jean Descat. Paris, Galaade, 2015,
384 pages, 24 euros.

 

La rentrée littéraire 2015 a opté pour une localisation géographique, l’Orient, qui se décline dans l’ordre suivant : Titus n’aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai, Boussole de Mathias Enard et Encore de Hakan Günday. Opportunisme littéraire ou politique ? Ils ont tous les trois reçu des prix prestigieux, le prix Médicis, le prix Goncourt et le prix Médicis étranger. Trois Orient successifs dans l’ordre chronologique, complémentaires ou antithétiques : l’Orient absent de Racine, l’Orient du rêve éveillé des orientalistes et l’Orient cruel, glacé et boueux de ceux que l’on appelait les migrants, désormais les réfugiés.

 
CRITIQUE // par Gwilherm Perthuis

 

Georgia O’Keeffe et ses amis photographes, Musée de Grenoble
jusqu’au 7/02/2016

Catalogue complet et bien documenté édité par Somogy et le Musée de Grenoble,
2015, 207 pages, 28 euros.

 

Une fois encore, le Musée de Grenoble se distingue avec un projet inédit et ambitieux : la première exposition monographique consacrée en France à Georgia O’Keeffe. Réalisée grâce au soutien du réseau franco-américain FRAME, l’exposition fait dialoguer, dans un accrochage aéré et didactique, des peintures de l’artiste américaine et des photographies de ses amis qui l’ont influencées (Alfred Stieglitz, Ansel Adams, Paul Strand...). Une perspective stimulante qui démontre ses apports à l’avant-garde américaine. Regrettons seulement quelques lacunes que les commissaires Sophie Bernard et Guy Tosatto ne sont pas parvenus à obtenir en prêt.


PORTRAIT // par Gwilherm Perthuis

 

La typographie, le dessin de la lettre, assure l’unité d’un texte et lui confère une excellente lisibilité. Elle place le lecteur dans un espace visuel bien délimité, qui peut correspondre à l’esprit du contenu, mais elle détermine aussi un climat et renvoie à une histoire, à une généalogie de l’écriture. Inspirée par les types vénitiens de la fin du XVe siècle, la typographie imprimée dans ces pages, la Stuart, a été dessinée par Matthieu Cortat pour la revue et les éditions Le Tigre. Auteur à ce jour de dix-sept typographies – sept de labeur et dix de titrage –, commercialisées sur le site Nonpareille – nom du plus petit caractère d’imprimerie, le corps 6 – qu’il a fondé en 2007 lorsqu’il s’est installé à Lyon, ce passionné d’histoire de l’écriture et de l’imprimerie est régulièrement impliqué dans le dessin de caractères (édition et communication), l’enseignement et l’accompagnement de projets muséographiques.


par Gwilherm Perthuis

 

A chaque rendez-vous électoral nous faisons le même constat : le système politique est épuisé, fragilisé et inadapté aux enjeux du XXIe siècle. Les appareils en place ne sont plus audibles. Ils se contentent d’échafauder des tactiques politiciennes pour conserver ou conquérir le pouvoir, mais ne parviennent plus (ou ne cherchent plus) à construire de véritables alternatives pour mieux vivre ensemble. Depuis plus d’une trentaine d’années, nos représentants, désignés par le suffrage théoriquement universel, remettent en question l’Etat-providence au profit d’un modèle néo-libéral qui atomise la société, brouille les repères puis impose la concurrence et la réussite financière comme ultimes valeurs.