Jean-Guy COULANGE
La Traversée (du paysage) - sonore, écriture, photographie

Récits / 88 pages / 23 photographies / 19 x 25,5 cm / 16 euros

PARU LE 15 JUIN 2018

 

 

16 euros + 3 euros de participation aux frais de port

 

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par Camille Prunet

 

     Deux expositions de l’artiste Julien Creuzet sont proposées à la Fondation Ricard et à BétonSalon, à Paris. Elles sont conçues par l’artiste comme deux versants d’une même problématique qui l’anime depuis longtemps, celle de la négritude* dans le monde occidental capitaliste. Dans les deux espaces, les œuvres s’appréhendent comme un tout, un « Tout-monde » pour reprendre Edouard Glissant. L’exposition est une archipel qui réunit différentes « îles », que des poésies écrites et sonores rythment. Il n’y a ni réel centre ni ordonnancement lisible. Julien Creuzet donne un statut de même importance à tous ses objets, il n’existe pas de pièce maîtresse mais des dispositifs sculpturaux, vidéos et sonores dont les formes organiques suggèrent le mouvement. La marge, la périphérie n’existe ici pas plus que le centre. Comme sur une île, la superficie réduite oblige à reconnaître l’utilité et la spécificité de toutes les zones. Les deux expositions sont donc une même entité traitée de deux points de vue différents qui reflètent l’interpénétration des éléments, évocatrice de l’idée de mondialité qui intéressait Glissant. C’est d’ailleurs ce que reflètent les titres des expositions à la Fondation Ricard et à BétonSalon qui se répondent : Toute la distance de la mer, pour que les filaments à huile des mancenilliers nous arrêtent les battements du cœur. – La pluie a rendu cela possible (…) et La pluie a rendu cela possible depuis le morne en colère, la montagne est restée silencieuse. Des impacts de la guerre, des gouttes missile. Après tout cela, peut-être que le volcan protestera à son tour. – Toute la distance de la mer (…). 

 

 

Par Michel Ménaché

 

Ysabelle Lacamp, Ombre parmi les ombres 
Paris, éditions Bruno Doucey, 2017, 16 €



     Célèbre « dormeur éveillé », détenu dans le camp de Terezin (« Theresienstadt »), jusqu’à sa libération par les troupes soviétiques, le fantôme de Robert Desnos, à demi-aveugle, en train de mourir du typhus, passe sa vie en mémoire comme si sa parole inspirée, réconfortante et joyeuse jusqu’au bout de la terreur, triomphait encore de la barbarie. Et c’est aussi un rapport bouleversant sur ce camp, « République des enfants de Terezin », ou encore « paradis offert aux Juifs par Hitler », énorme duperie qu’Ysabelle Lacamp donne à voir, avec son organisation, ses décors en trompe-l’œil carnavalesque, destinés à abuser les représentants de la Croix-Rouge, à masquer ce qui se tramait dans cette ville forte édifiée en forme d’étoile à six branches. Architecture cynique en guise d’antichambre de l’extermination nazie… Dans cette « Babel du désespoir », principalement assignée à la détention des enfants et des artistes, la romancière a créé le personnage de Leo Radek, enfant juif raflé à Prague, fasciné par la parole inspirée et enjouée du poète résistant. D’emblée, ce jeune Leo se présente, in situ, comme témoin sur le vif : « Mais oui, fouillez votre mémoire, souvenez-vous […] s’il vous plaît, pour eux, pour le poète, creusez donc la fosse oublieuse de l’Histoire ! »

 

par Philippe Blanchon

 

Olivier Gallon, Comment va ta montagne ? 
Postface de Tatiana Nikishina
Paris, La Barque, 2017
64 pages, 14 euros

 

     Tenir. C’est bien de cela dont il s’agit. Tenir mais aussi retenir. Mais d’abord tenir le texte. Ce qui veut dire tenir le rythme – et en l’occurrence la tension singulière qui provoque cette mise en demeure. Demeure que serait le livre. Un lieu donc. Un livre parfaitement architecturé ne volant pas son nom et qui se peut être signé. Quatre pièces le composent. Composent la demeure que l’écrivain, progressivement, bâtit sous nos yeux. Progressivement, oui. Car, à peine rentrer dans la matière du livre, nous sommes invités à cheminer de concert. Le narrateur, faudrait-il plutôt dire autant que l’auteur, se fait aussi bien arpenteur que navigateur. 

 

Nous publions ici quelques photographies de David Collin, prises en 2016 à Shillong (Inde), qui peuvent rentrer en résonance avec son texte "Frankenstein à Shillong" qui vient d'être édité dans le volume Vers les confins - voyages, dérives, épiphanies, chez Hippocampe éditions. Nous avons décidé de ne pas publier d'images au sein du livre, l'écriture suscitant par elle-même de nombreuses images mentales. Mais en guise d'appel, nous en réunissons quelques unes dans ce deuxième fil photographique numérique avec trois extraits du texte.

 

 


 

Une ville est un enchevêtrement d’énigmes, de signaux et de gestes. Shillong n’est pas indienne. On la croirait népalaise ou tibétaine. De hauts trottoirs rayés en noir et blanc ponctuent les pas, dessinent des pointillés dans la rue. À Shillong, on ne trouve pas les habituels repères culturels pour qui pense connaître l’Inde. Pas de temple ou si peu, les regards sont différents, les visages viennent d’ailleurs, les rythmes changent, les attitudes restent à déchiffrer. 

Shillong n’est pas une destination touristique, son nom n’évoque rien aux voyageurs, sa légende est à fonder ou à garder secrète. 

Chaque quartier est un organe, une respiration, une couleur. À deux pas de Laitumkhrah, le noir définit le quartier voisin. Comme dans le roman The Girl from Nongrim Hills, où Ankush Saikia raconte une histoire de trafic d’armes : guitariste de rock à Shillong, Bok aide son frère à se sortir d’une sale affaire.

Extrait de Vers les confins - voyages, dérives, épiphanies, livre paru chez Hippocampe éditions en février 2018 (postface de Claude Chambard).