par Philippe Roux

 

Marie-José Mondzain Confiscation. Des mots, des images et du temps
Paris, Les liens qui libèrent, 2017, 224 p., 18,50 €.


 

Le nouveau livre de Marie-José Mondzain regorge de possibles. A contrario d’un titre qui pourrait apparaître «désespéré», cette analyse de la confiscation hypothétique de la parole, du temps et des mots, structure de nombreuses ouvertures, de subtiles pistes, entrouvre un paysage incitant au renouveau des luttes, au-delà de la «violence» apparente de la démonstration. On y trouve des concepts mondziens bien connus tels que l’«opération imageante», la «phobocratie», ou encore l’«iconocratie». Mais tout d’abord, repositionnons «l’éthique» de Marie-José Mondzain. Cette intellectuelle spécialiste de l’image, qui n’a pas fait qu’interroger celle-ci via sa naissance byzantine, nous aide à lire l’image moderne, plus exactement à comprendre ce qu’est une incarnation imagée, une image dans sa suggestion dialectique, impliquant absence et présence. Le byzantinisme chez Marie-José Mondzain n’a jamais été une époque révolue, enclose dans un historicisme poussiéreux. Avec elle, Byzance nous apprend à lire notre époque. Son œuvre, qui s’inspire de ces artistes et théologiens lointains, nous est utile par delà une pensée de l’image académiquement moderne, qui fait que l’on pense et discute de mots aussi importants que «visible», «chair», «corps», «incarnation», «invisible», «icône», «idole», «représentation» qu’à partir d’Hegel. Son travail a donné un tout autre sens à ces mots, mots qui s’inventèrent avec ces «obscurs byzantins». On pense à Image, Icône, Économie. Les sources byzantines de l’imaginaire contemporain (Seuil, 1996) qui en allant à l’encontre de l’aveuglement d’une certaine pensée moderne, s’est avéré indispensable pour quiconque souhaite approfondissement les enjeux politiques que contient toute image. De plus, malgré Hegel, en puisant chez ces soi-disant «obscurs», la pensée politique et esthétique de Marie-José Mondzain n’a pas raté l’esprit des Lumières.

 

 

 

David COLLIN

Vers les confins
voyages - dérives - épiphanies

(Postface de Claude Chambard)

Récits / 160 pages / 14 x 21 cm / 15 euros
ISBN 979-10-96911-06-6

SORTIE EN LIBRAIRIE : 20/02/2018

 

 

 

 

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LU PAR FRANK SEMELET

 

LIRE UN ARTICLE PUBLIE SUR DIACRITIK (mardi 26 juin 2018)

 

 

 

Rencontre avec Bruno Carbonnet

Présentation du livre Cloaque de Bruno Carbonnet
paroles & images en ter Françoise Crozat et l'auteur


Mardi 12 décembre 2017 à 19 heures
Galerie Françoise Besson 10 rue de Crimée 69001 Lyon

 

 

 

 

16 pages / 3 euros ou 4 CHF

Disponible en librairie, par abonnement, ou achat en ligne par Paypal (voir ci-dessous)

 

 

 

Auteurs de ce numéro : 

Claude Chambard, David Collin, Maryline Desbiolles, Jérôme Duwa, André Gabastou, Nina Leger, Alexandre Mare, Côme Martin, Michel Ménaché, Eric Pessan, Hugo Pradelle, Philippe Roux.

 

 

Par André Gabastou

 

CRITIQUE / LIVRE

 

Vincent Puente, Le Corps des libraires. Histoires de quelques libraires remarquables & autres choses, 
Paris, Éditions La Bibliothèque, 124 p., 12 euros.

 

Le Corps des libraires est le titre d’un livre de Vincent Puente qui est descendu dans des palaces pour les éditions des Cendres (Hôtels d’exception) et a fureté dans le faux aux éditions La Bibliothèque (Anatomie du faux), récidivant dans la recherche de la singularité qui est la marque de son talent.

L’expression, « corps des libraires », apparaît pour la première fois dans un document de justice concernant la comtesse d’Artois, descendante de Saint-Louis. Pour elle, souscrivant à la sentence de Jean de Salisbury, « un roi illettré n’est qu’un âne couronné ». Ce corps avait pour fonction de transporter dans des sortes de librairies ambulantes les meilleurs ouvrages du temps et il ne s’est constitué que peu à peu en tant que tel. Se militarisant au fil du temps, il ne regroupait quasiment que des analphabètes. Sa fonction était donc purement technique et il n’a pas survécu aux revers subis par l’aristocratie en 1789 et à l’épopée napoléonienne. Son destin résume élégamment l’ouvrage de Puente en montrant combien le livre est fragile, mobile, aléatoire, soumis au même titre que les êtres humains aux vicissitudes de l’Histoire. 

 

Par André Gabastou

 

CRITIQUE / LIVRE

 

Jorge Carrión, Librairies. itinéraires d’une passion, traduit de l’espagnol par Philippe Rabaté,
Paris, Éditions du Seuil, 2016, 319 p., 22 euros.

 

La célèbre nouvelle de Jorge Luis Borges, « La Bibliothèque de Babel » commence ainsi : « L’univers (que d’autres nomment la Bibliothèque) se compose d’un nombre indéfini, et peut-être infini, de galeries hexagonales, avec au centre de vastes puits d’aération bordés par des balustrades très basses ». Ce qui surprend tout d’abord, c’est l’inversion interne qui apparaît dans le sujet, Borges aurait pu en effet très bien dire : « La Bibliothèque (que d’autres nomment l’univers)… », puisque dans son imaginaire les deux se confondaient. S’il ne l’a pas fait, c’est peut-être pour conférer à la bibliothèque une valeur superlative pourtant immédiatement atténuée par deux phrases qui viennent peu après : « À droite et à gauche du couloir il y a deux cabinets minuscules. L’un permet de dormir debout ; l’autre de satisfaire à ses gros besoins ». Ce retour au réel, du réel, par sa désinvolture confondante, son humour, désacralise en partie l’inhumanité de sa bibliothèque. La bibliothèque à laquelle l’écrivain espagnol Jorge Carrión, né à Tarragone en 1976, essayiste, auteur de récits de voyage, romancier (il vient de publier un roman au Seuil) oppose la librairie, éphémère, volatile, œuvrant dans le transitoire, donc déconsidérée par les hautes instances universitaires et certains écrivains à l’instar de Mallarmé qui n’hésitait pas à écrire : « Le discrédit, où se place la librairie, a trait, moins à un arrêt de ses opérations, je ne le découvre, qu’à sa notoire impuissance devant l’œuvre exceptionnelle ». À l’opposé du rêve mallarméen d’un monde aboutissant à un Livre, Borges a toujours considéré tout texte comme un brouillon, un écrit jamais définitif que n’importe quel autre auteur pouvait reprendre à son compte, s’inscrivant à sa manière dans l’une des grandes préoccupations de la modernité, la « mort de l’auteur », et apportant ainsi sa contribution hispanique au moulin de Carrión. 

 

CHRONIQUE LITTERAIRE

Par Hugo Pradelle

 

 

L’élection de Trump donne une image déplorable d’une Amérique recroquevillée sur elle-même, presque autiste. C’est, évidemment, très inquiétant. Comme par refus de cette réduction, on peut chercher dans nos bibliothèques américaines idéales quelques phares qui nous rappelleront qu’elle est aussi autre chose. 

 

Parfois, l’actualité abasourdit. Certes, nous avons notre élection présidentielle, nos scandales économico-politiques, nos petites phrases, servis matin, midi et soir par des médias souvent un peu inconséquents. Mais, comme tout le monde, c’est, plus de six mois après son entrée en fonction, la présidence de Donald Trump qui inquiète le plus, enfin, le plus globalement. Ses discours, leur imprécision, leur fausseté, le délire des faits alternatifs ou les mesures proprement ahurissantes qu’il tente de mettre en place, donnent quelques soucis à tout être à peu près normalement constitué sur le plan neuronal.  Parce qu’elle ne se restreint pas au champ politique, l’irruption du grand guignol dans la sphère de la politique agissante, pose des questions qui dépassent la stricte opinion et remet en cause la nature même des savoirs et de la parole. On peut constater à la fois une disruption du sens, de la cohérence, de la vérité, en même temps qu’une négation des valeurs même qui forgent la psyché états-unienne. Ce pays est parvenu à projeter et imposer dans le monde entier une image culturelle, des modèles, des schémas de pensée qui, pour libéraux qu’ils soient, se basent sur l’ouverture et la liberté. C’est cette nature même, la disposition culturelle d’une nation, hautement composite, incroyablement jeune, qui semble, aujourd’hui, remise en cause.