par Jean-Jacques Salgon

 

Antoine Wauters, Pense aux pierres sous tes pas
Lagrasse, Verdier, 2018, 192 p., 15 €.

 

La lecture du dernier livre d’Antoine Wauters, Pense aux pierres sous tes pas, s’apparente à une exploration planétaire : on se retrouve comme le petit rover, l’astromobile nommé Opportunity chargé depuis 2004 d’explorer la surface de la planète Mars, allant de découverte en découverte, parcourant un territoire et une histoire qui sont à la fois totalement nouveaux (et comme séparés des nôtres par un grand vide intersidéral) et parfaitement archaïques. Cette Terra incognita qui nous est livrée, l’auteur nous en fournit d’ailleurs au début du livre une carte afin de nous aider à en appréhender la topographie. Il est à noter qu’au terme de notre exploration, c’est-à-dire de ces quelques 180 pages parcourues, nous nous sommes rendus témoins de changements si considérables qu’une nouvelle carte doit être dressée, qui nous est livrée en fin d’ouvrage. 

À l’instar d’Opportunity contraint à l’hibernation par la violente tempête qui s’est élevée sur Mars au printemps dernier et qui a transformé le visage de la planète, nous allons être confrontés à une série de violents cataclysmes qui vont nous faire passer d’un monde à un autre. D’un monde relégué et autarcique où « la vie s’appelait joie » à un monde productiviste qui ne vit plus que pour l’exportation et le commerce au loin, autrement dit de l’enfance à l’âge adulte.  Entre-temps, sur cette planète imaginaire, il y aura eu des incendies, une éruption volcanique, un changement de régime faisant succéder un despote à un autre.

 

par Camille Paulhan

 

Ana Mendieta. Le temps et l’histoire me recouvrent
Jeu de Paume, jusqu’au 27 janvier 2019.
Catalogue publié sous la dir. de Lynn Lukkas et Howard Oransky, 272 p., 55 €.

 

Marta Gili vient tout juste de quitter la direction du Jeu de Paume : en douze ans, l’institution parisienne a vu passer nombre d’expositions de grande qualité, mettant notamment en valeur le travail d’artistes femmes, en défendant aussi bien le travail de créatrices contemporaines (Valérie Mréjen, Valérie Jouve, Lorna Simpson…) qu’en saluant des figures importantes de la photographie moderne (Lisette Model, Dorothea Lange, Claude Cahun, Lee Miller…). La présentation actuelle d’un nombre honorable de films – une vingtaine – de l’artiste cubano-américaine Ana Mendieta vient clore en beauté cette programmation exigeante et engagée. 

Bien qu’elle soit devenue depuis quelques années une artiste phare de la performance des années 1970, elle n’a pas connu de son vivant l’immense postérité qu’on lui connaît aujourd’hui. Et pour cause : décédée à 36 ans, dans des conditions aimablement éludées par l’exposition, la plupart de ses productions sont, pour ainsi dire, des œuvres de jeunesse. Ses films, dont les premiers datent de 1971, lorsque l’artiste avait 23 ans, sont le versant le moins connu de son travail : ils constituent un corpus pour le moins imposant, plus d’une centaine en tout, et il faut bien dire que ce sont généralement toujours les mêmes qui sont les plus diffusés et les plus commentés. 

 

 

Stéphane MARTE
L'Après-midi des après-midi

Roman / 80 pages / 14 x 21 cm / 13 euros
ISBN 979-10-96911-15-8

PARU EN JANVIER 2019

 

 

  

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DIFFUSION/DISTRIBUTION : LES PRESSES DU REEL - 35 rue Colson, 21000 Dijon, France
téléphone : +33 (0)3 80 30 75 23 / Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
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Alexandre MARE
Constellations. Textes, matières, images

Critiques / 376 pages / 14 x 21 cm / 20 euros
ISBN 979-10-96911-16-5

PARU EN JANVIER 2019

 

 

 

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15.09.18

Dans Les finisterres de l’esprit, l’un des plus beaux livres qu’il consacre à Segalen, Kenneth White relève que les amitiés littéraires avec des écrivains qui nous paraissent intimement proches ne sont ni affaires de chronologie ni de géographie.

C’est un mystère, une affinité élective qui nous relie au-delà du temps et de l’espace. En lisant White, j’affine la carte de mes territoires, des traits en commun avec Segalen. C’est un vaste empire recouvert de blancs inexplorés, mais j’ai pressenti dès mes premières lectures des chemins  familiers. Je traverse la vie et l’œuvre de Segalen sur les diagonales, des lignes se croisent et se rencontrent, s’accompagnent pour un temps vers des confins lointains.

Cette parenté se construit-elle après comme une légende ? Etais-je tout autant troublé par ces affinités lors des premières lectures ?

Je souligne mes proximités. Ce ne sont parfois que des mots, des bouts de phrases qui font sens, des départs d’idées, des condensés de pensée que je suis peut-être le seul à déchiffrer :

 

-       Suivre ses propres aspirations.

-       Intérêt pour les zones limites de la pensée (déjà-vu).

-       Accumulateur de sensations, chercheur de perceptions nouvelles.

-       Sensibilité éveillée en permanence, doublée d’un fort élan vital.

 

David Collin

 

 

 

par David Collin

 

Chaque semaine, un écrivain présente l’auteur classique qui l’inspire et le nourrit. David Collin a choisi Victor Segalen

 

« Tout écrivain crée ses propres précurseurs »

(Alberto Manguel, Nouvel éloge de la folie)

 

J’aime cette idée chère à Borges qui suggère que derrière tout livre se cache une foule d’énigmes et de figures tutélaires qui accompagne souterrainement son avènement, faisant de lui l’aboutissement provisoire d’une généalogie d’honorables prédécesseurs. Ainsi, dès qu’un livre apparaît, d’innombrables paramètres remettent en question l’ordre de la bibliothèque, selon l’agencement déterminé par le lecteur, et les réseaux de relations nouvelles qui réorganisent systématiquement les rayonnages d’une bibliothèque en perpétuelle mutation. Que d’exercices mentaux pour celui qui la constitue! Touchant autant les registres de la plainte que du plaisir: il y a toujours trop de livres, mais quel bonheur de classer, ordonner, amasser des piles de livres au pied de bibliothèques sans cesse débordées.

 

 

 

Charles Le Hyaric. Enlacer l'éternité
Essai d'Ann Hindry