@font-face { font-family: Cambria Math; } @font-face { font-family: Times; } @page Section1 {size: 612.0pt 792.0pt; margin: 70.85pt 70.85pt 70.85pt 70.85pt; mso-header-margin: 36.0pt; mso-footer-margin: 36.0pt; mso-paper-source: 0; } P.MsoNormal { FONT-SIZE: 12pt; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; FONT-FAMILY: "Times New Roman","serif"; mso-style-unhide: no; mso-style-qformat: yes; mso-style-parent: ""; mso-pagination: widow-orphan; mso-fareast-font-family: "Times New Roman"; mso-fareast-language: FR } LI.MsoNormal { FONT-SIZE: 12pt; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; FONT-FAMILY: "Times New Roman","serif"; mso-style-unhide: no; mso-style-qformat: yes; mso-style-parent: ""; mso-pagination: widow-orphan; mso-fareast-font-family: "Times New Roman"; mso-fareast-language: FR } DIV.MsoNormal { FONT-SIZE: 12pt; MARGIN: 0cm 0cm 0pt; FONT-FAMILY: "Times New Roman","serif"; mso-style-unhide: no; mso-style-qformat: yes; mso-style-parent: ""; mso-pagination: widow-orphan; mso-fareast-font-family: "Times New Roman"; mso-fareast-language: FR } .MsoPapDefault { MARGIN-BOTTOM: 10pt; LINE-HEIGHT: 115%; mso-style-type: export-only } DIV.Section1 { page: Section1 }Face B : Francis Gruber J'ai découvert la peinture de Gruber par hasard, en visitant le musée de Nancy. Je suis tombée en arrêt devant le portrait de sa femme, Georges, étendue sur une banquette verte. Je travaillais alors sur la figure de Simone de Beauvoir ; j'étais donc en quête d'une certaine esthétique existentialiste ou misérabiliste d'après-guerre et sensibilisée à l'image de la femme vieillissante et désespérée. En plus de cette concordance avec l'époque et le sujet qui me préoccupaient, je suis tombée amoureuse d'une manière de peindre, à la fois fluide et savante, instinctive et tragique.

Francis Gruber est un vrai peintre, pas seulement un dessinateur qui colorie. Chaque touche de couleur, chaque trait semble décidé et indispensable. Après cette première vision, je me suis procuré, non sans difficulté, son catalogue sur Internet.* Et, là, j'ai vu que Gruber avait été un peintre de son temps, influencé par le surréalisme, par Picasso… En fin de compte, il ne s'agit pas d'une peinture figurative qui raconte une histoire, mais d'une peinture d'observation du quotidien, d'un univers qui tourne autour de l'atelier. C'est une peinture limitée à trois ou quatre modèles récurrents et à deux ou trois décors ; c'est une peinture qui cherche son style, son écriture, sa plus juste expression. Ici la peinture sert de véhicule à l'émotion, parle de la condition du peintre. C'est tout ce que l'art a rejeté peu à peu avec le minimalisme, le pop art, support-surface etc. À partir des années 1950, la recherche d'un style est devenue l'apanage des peintres amateurs. Pendant les années 1990, la question du style n'intéressait ouvertement que quelques américains décadents comme John Currin, assumant sans problème de figurer à Beaubourg dans une même exposition que Bernard Buffet*. Mais là où Gruber est touchant, au-delà d'un Buffet et de son style-signature qui a fini par l'étouffer, c'est par son relatif anonymat, son aura de peintre de série B, voire d'artiste maudit.

J'aime chez Gruber qu'il soit en opposition totale avec l'archétype du jeune artiste contemporain, entrepreneur, producteur, cosmopolite, mondain. Mort de la tuberculose, méconnu, peignant sans relâche ­- alors que la mode était à l'abstrait - le même modèle dans une mansarde glacée, lui, véhicule une image romantique et individualiste de la peinture, qui peut être revendiquée par les peintres d'aujourd'hui face à un art désincarné, de masse. Je pense par exemple à un artiste comme Jean Frédéric Schnyder* qui, bien qu'ayant débuté dans la célèbre exposition « Quand les attitudes deviennent forme » (Kunsthalle de Berne, 1969), ne peint désormais que des petits formats à l'huile.

C'est pourquoi, je n'ai pas hésité à citer Gruber dans ma peinture quand j'ai voulu recommencer les petits autoportraits peints sur le motif où je m'étais coiffée comme Simone de Beauvoir. Passant, comme j'aime le faire, d'un style à l'autre, j'ai utilisé la faculté d'émouvoir, de suggérer la misère de Gruber pour transformer ces peintures réalistes platement 1950 en icônes existentialistes. Ma peinture «Noyée dans le Whisky » n'a trouvé sa juste composition que lorsque j'y ai ajouté la silhouette de la petite « Noyée » de Gruber (1941) à qui j'ai prêté mes traits. La charge émotive de Gruber rendait mon allégorie pseudo pop enfin légitime. Quand j'ai représenté dans le grand tableau « La haine de la peinture », façon bad painting, Simone agacée par la mauvaise peinture de sa sœur Hélène, j'ai choisi pour décor, l'atelier de Francis Gruber. Avec ces modèles, je restais en famille : Sartre ayant eu le frère de Francis à ses côtés à l'école Normale. Beauvoir, quant à elle, ne considérant comme artiste acceptable dans son entourage que Giacometti*, devenu l'emblème d'un art répétitif et stylisé d'après-guerre. Certes, Giacometti fait courir les foules mais Gruber, face B de Giacometti, nous offre le mystère, la couleur, la peinture dans sa douleur, ses clichés et ses mythes.

Nina Childress, février 2009

* cat. Francis Gruber, Ides et Calendes, 1989

* cat. Cher Peintre, Paris, Centre Georges Pompidou, 2002

* voir exposition The third mind, carte blanche à Ugo Rondinone

septembre 2007 - janvier 2008 - Palais de Tokyo, Paris.

* C'est Alberto Giacometti qui a déssiné la tombe de Gruber au cimetière de Thomery Nina Childress expose sur un étage au MAMCO de Genève dans le cadre du cycle Le principe d'incertitude, jusqu'au 27 septembre 2009. Plus d'informations > www.mamco.ch