Vous pouvez télécharger le numéro complet des Lettres françaises comprenant cet article.

 

 

 

 


Ent'revues vous invite le mardi 31 mai à 18h30 pour une soirée consacrée au n° 13 de la revue Hippocampe.

 
par Camille Paulhan

 

Ceramix
Cité de la céramique, Sèvres et La Maison rouge, Paris
jusqu’au 5/06/2016.

 

Il est sans doute toujours un peu glissant de consacrer une exposition à un médium ou à une pratique: la maison rouge avait souhaité, en 2012, se pencher sur le néon, tandis que le Musée d’art moderne de la ville de Paris avait embrayé, l’année suivante, sur la tapisserie contemporaine. Avec, au bout, un même constat: la réunion d’artistes pour certains tout à fait nouveaux, pour d’autres que l’on redécouvrait avec cet usage spécifique, mais au final une impression générale de trop-plein et de nécessaires redites. « Ceramix » n’échappe pas à cet écueil, mais les deux commissaires – Camille Morineau et Lucia Pesapane – ont toutefois réussi à le contrer en partie, ne serait-ce qu’en raison de l’actualité immédiate de leur sujet: la céramique, en effet, semble désormais être partout (contrairement à la tapisserie ou au néon). Certains artistes en ont même fait un matériau quasiment unique de leur travail, en exploitant toutes les possibilités en termes de surfaces, d’émaillages et de volumes, comme Elsa Sahal, Johan Creten ou encore Elmar Trenkwalder. Le constat de cette résurgence accélérée d’un matériau dont on a longtemps fait le procès en ringardise, mis en avant dans le catalogue par les commissaires, a justifié à lui seul cette exposition en forme d’interrogation. 

 

32 pages / 2,50 euros ou 4 CHF
Disponible en librairie ou par abonnement


LITTERATURE / par Jean-Jacques Salgon

 

Christian Garcin, Les Vies multiples de Jeremiah Reynolds
Paris, Stock, 2016, 160 p., 17 €

 

En mécanique des fluides, le nombre de Reynolds permet (entre autres) de déterminer le régime d’un écoulement, de savoir si celui-ci est laminaire ou turbulent, c’est-à-dire plutôt ordonné en lignes régulières ou agité de tourbillons. Je ne pense pas que Jeremiah Reynolds, le héros du dernier livre de Garcin, ait quoi que ce soit à voir avec le physicien anglais, si ce n’est peut-être un certain goût pour les théories scientifiques et une propension à changer facilement de sujet, à sauter du coq-à-l’âne. Ce comportement désultoire, on le trouve pour ainsi dire incarné dans la vie même du personnage de Garcin telle qu’il nous la restitue. Ce sont d’ailleurs plutôt des « vies multiples » qu’il nous livre (puisque tel est le titre), Reynolds se trouvant successivement journaliste, explorateur des côtes australes puis de la Terre de Feu, colonel dans les armées mapuches d’un général chilien, secrétaire particulier à bord du Potomac croisant au large du Cap Horn, conférencier, veilleur de nuit à New York, militant du parti Whig, écrivain, avocat, comme s’il avait choisi de mettre en pratique la phrase célèbre de Rimbaud : « Vite, est-il d’autres vies ? ». Un foisonnement d’histoires qui donne une épaisseur romanesque au récit de Garcin, qui nous entraîne dans une sorte de dépaysement, de décalage permanent. Un parcours hasardeux au gré duquel on croise des gens divers, parfois célèbres, comme Darwin, Edgar Poe ou Melville.

 

EXPOSITION / par Camille Paulhan

 

Hessie
BF15 11 quai de la Pêcherie 69001 Lyon
Jusqu'au 28 mai 2016
http://labf15.org

 


Le passant inattentif qui flâne sur les quais de Saône pensera peut-être avoir vu depuis les vitres de la BF15 les œuvres que le lieu présente, sans avoir besoin d’y pénétrer. Ce serait là une fâcheuse erreur : les broderies dessinées – à moins qu’il ne s’agisse de dessins brodés – d’Hessie se regardent de près et si possible longuement. Ce regard lent, il faut le faire vaquer dans ses délicatesses d’aiguilles : une des toiles semble faite de petits points colorés, de teinte orangée.

 

Rencontre avec l’écrivain islandais Eiríkur Örn Norddahl

ENTRETIEN / propos recueillis par Marie Fabre

 

Eiríkur Örn Norddahl, Illska
Traduit de l’islandais par Eric Boury,
Paris, Métailié, 2015, 608 pages, 24 euros.


 

Commençons par quelques questions sur votre évolution en tant qu’écrivain : vous avez commencé comme poète et performeur, et qui plus est dans une veine expérimentale. Comment avez-vous décidé de devenir romancier ? Cela a-t-il à voir avec un besoin de communiquer plus directement avec le lecteur, avec l’idée de communication elle-même ? Ou est-ce en lien avec les sujets que vous vouliez évoquer ? 

En fait, j’ai commencé en écrivant à la fois de la poésie et de la prose. Je n’ai commencé à publier de la poésie avant de publier de la prose que parce que ça prend plus de temps de finir un roman qu’un livre de poésie. Mais au sujet de la poésie, il y a une citation de Wittgenstein que j’aime beaucoup et qui dit quelque chose comme : « n’oublie pas que même si la poésie est écrite dans le langage de l’information, elle n’a pas sa part dans le jeu de langage de donner de l’information. » J’ai toujours vu la poésie comme quelque chose de très concret, quelque chose qui se fait à l’intérieur des sons, de l’image, de la matrice linguistique, alors qu’il m’a toujours semblé que la prose était plus du côté du message et du pouvoir, plus rhétorique, portant sur «qu’est-ce que le langage est en train de dire ». Quand j’étais en train d’écrire Illska, au début je travaillais simultanément la poésie et la prose. Je passais une partie de la journée à écrire de la poésie, puis une autre partie à écrire de la prose, mais au bout d’un an environ ça a commencé à devenir très lourd, mon cerveau allait dans trop de directions différentes, alors j’ai mis de côté la poésie et la traduction et tout ce dont je pouvais me débarrasser. Je pense qu’à ce moment-là, beaucoup de méthodes que j’utilisais pour écrire de la poésie sont entrées dans le livre.